MON HISTOIRE
Ma mission est de contribuer à la naissance des histoires qui remettent en question les frontières imaginaires que nous érigeons entre nous et une vie plus consciente et riche de sens.
Je suis née avec une sorte d’angoisse existentielle que j’ai combattue tant que j’ai eu des forces. Petite, je me tourmentais au lit le soir parce que j’allais un jour devoir gagner ma vie, et il m’apparaissait beaucoup plus facile de mourir avant d’atteindre la majorité que de faire tout ça, la vie, par moi-même. Comme tout le monde, j’ai fini par étudier (en journalisme à l’UQAM), et par travailler. J’ai trainé ma petite âme grise de jour en jour en essayant de la convaincre que je voulais son bien. Ce n’était qu’une question de temps avant que quelque chose ne cède. Je situe le moment du premier dérèglement autour de 2012. J’avais 25 ans.
Il y a bien sûr eu depuis de longues périodes d’accalmie entrecoupées de périodes de mort lente. Il n’y a pas de recette miracle pour se sortir d’un état comme celui-là: il faut mettre un pied devant l’autre. Voir un·e psy aide, tout comme prendre des antidépresseurs. Mais arrive un moment où on se demande ce qui doit suivre, comment retrouver quelque chose qui ressemble à un véritable élan vital, comment redonner un certain sens à tout ça.
Le jour où je suis partie en arrêt de travail, cela faisait au moins un an que j’avais fait ce qu’on pourrait appeler une rechute, bien que je n’aie jamais eu, ni cherché, d’ailleurs, de diagnostic qui m’aurait déclarée formellement malade de quelque chose. J’étais sur les antidépresseurs depuis une visite chez la médecin après un hiver particulièrement difficile. J’avais dit une phrase, même pas la pire («Je ne sais pas trop pourquoi je suis ici, j’ai mal partout, je suis fatiguée»), et elle avait dit: burnout, dépression. Les mots s’étaient frayé un chemin jusqu’à mon ventre, qui les avait reconnus. C’était en 2018. C’est fou comme on peut rouler longtemps sur les vapeurs d’essence. J’ai pris le médicament prescrit par ma médecin, de l’escitalopram, cinq milligrammes pour commencer (je grimperais jusqu’à 20 milligrammes quelques mois plus tard). Je suis retournée travailler le lendemain. Les antidépresseurs dilataient mes pupilles, et je me rappelle avoir passé la première semaine à me demander si ça se voyait que j’étais médicamentée.
J’ai pu continuer comme ça pendant un an. J’ai même obtenu une promotion pendant cette période: de chef des divisions générale et politique au Devoir, je suis devenue directrice adjointe de l’information. Une belle grosse job impressionnante pour une fille de mon âge. En plus, j’étais bonne dans ce que je faisais. C’était ce que je me répétais, ce à quoi je m’agrippais comme à une bouée de sauvetage minuscule dans la mer grise: mon avenir ne pouvait plus me terrifier s’il était déjà arrivé. Mais tous les soirs, et tous les samedis, je tombais dans le même gouffre, entraînée dans la spirale descendante.
Le problème était que j’étais si occupée à faire advenir l’avenir (qu’on en finisse!) que je ne m’étais pas rendu compte que j’avais perdu le sens de ce que je faisais quelque part en chemin. Tout me paraissait tout à coup d’une absurdité incommensurable.
Un matin, en sortant d’une séance de qi gong, une pratique énergétique traditionnelle chinoise que maîtrisait mon ostéopathe, j’ai figé, incapable de sortir du métro Berri-Uqam pour me rendre au travail. L’élastique avait lâché. Tout ce qui me maintenait artificiellement en marche a cessé de fonctionner. Dernier arrêt sur la ligne du déni.
Pour le raconter en accéléré, disons qu’à ce moment-là je me suis arrêtée. Soutenue par une patronne aimante et compréhensive, j’ai vu ma psy plus intensément, j’ai fait du yoga plus intensément. J’ai suivi un programme inspiré de la tradition hindoue, conçu pour nourrir le corps et l’âme chakra par chakra: nourriture rouge pendant trois jours (chakra racine), nourriture orange pendant trois autres (chakra sacré)... Le programme était accompagné d’exercices d’écriture et de méditations visant à soigner les blocages qui entravent l’énergie à l’un ou l’autre des carrefours du corps et de l’âme. Grâce à tout ça, à de nombreuses journées au spa et à l’amour infini de mon chum, j’ai repris du poil de la bête. Je suis retournée au travail après trois mois.
Mais, entre le qi gong, le yoga, la mécanique des chakras et toutes les choses que je ne connaissais pas encore, mon voyage, lui, ne faisait que commencer.
Le problème (encore un) était que, si j’étais de nouveau fonctionnelle moyennant les antidépresseurs, l’engrenage qui m’avait rendue malade était toujours là, trépignant d’impatience à l’idée d’avoir à nouveau accès à toute mon énergie vitale. Je pouvais y retourner et espérer que les prochaines vacances seraient reposantes. Ou bien je pouvais me déprendre du filet dans lequel je m’étais empêtrée. Il me fallait chercher. Une autre raison d’avancer. Une autre façon d’avancer.
Quelques mois après mon retour au travail, j’ai quitté ma belle grosse job pour une belle job un peu moins grosse, celle de rédactrice en chef adjointe du magazine Nouveau Projet. Là-bas, j’ai pu renouer avec les matins lents (c’était avant d’avoir un bébé!) et l’écriture, et j’ai eu le bonheur de côtoyer par les mots et d’éditer certain·e·s des plus grand·e·s artistes et penseur·se·s du Québec. Je me suis abonnée à une appli d’astrologie qui, de manière d’abord tout à fait subconsciente, a commencé à changer ma perception de l’existence—l’immense richesse de cet univers symbolique sans égal m’aidait, jour après jour, semaine après semaine, à voir plus clair, à replacer mon petit moi dans le grand contexte cosmique qui est le nôtre.
Pourtant, quelque chose en moi refusait encore de laisser aller une certaine idée du succès, une idée tellement centrale à mon identité que j’avais la conviction que si je n’étais pas boss dans un grand média, je n’étais personne. En janvier 2022, je suis donc retournée au Devoir, cette fois comme directrice de la section culturelle. Et je me suis mise à imploser. J’ai pris conscience que la transformation que j’avais entreprise un peu plus de deux ans auparavant m’avait menée beaucoup plus loin de mon personnage initial que je le croyais—je ne voulais plus de cette vie. Pendant mon absence, la pandémie avait en plus chamboulé tout l’écosystème de travail dans les grandes entreprises; je n’arrivais plus à me connecter au sens de ce que je faisais là.
Avec le recul, cet épisode m’apparaît comme le test ultime soumis à l’élève, dans les récits mythologiques, pour vérifier la solidité de ses acquis. J’avais failli échouer spectaculairement.
Après des mois d’insomnie et de pleurs matinaux, j’ai décidé de me libérer du mauvais sort que je m’étais jeté, et j’ai quitté mon emploi. J’ai passé l’été à aller voir ailleurs si j’y étais. J’ai rencontré des chamanes, des plantes hallucinogènes, des humain·e·s plus sages que moi. J’ai réalisé que j’avais perdu beaucoup de temps à réprimer mon besoin de spiritualité, comme contaminée par toute la contraction que nous entretenons au Québec autour de cette question. J’ai eu l’idée d’écrire Au revers du monde: à propos du potentiel révolutionnaire de la spiritualité, un essai paru chez Atelier 10 en 2024. Depuis, je tisse patiemment des liens entre mon expérience professionnelle plus traditionnelle et les pratiques ésotériques qui continuent de changer ma vie à ce jour.
Nous vivons à une époque traversée par une double crise existentielle et climatique—nous constatons les effets dévastateurs du système capitaliste, patriarcal et colonialiste à la fois sur notre santé mentale, sur nos liens sociaux et sur la planète que nous habitons. Or, nous sommes nous-mêmes les produits de ce système et de son imaginaire insuffisant: pour trouver une autre voie, nous avons besoin d’explorer les zones liminales, le territoire du flou. C’est à ça que sert la spiritualité, et c’est à ça aussi que sert l’imaginaire.
Nous avons besoin de travailler à l’émergence des récits sur lesquels s’érigera le monde de demain. Et tout mon parcours, personnel comme professionnel, m’a outillée pour nous aider à le faire.
Pour les astrocurieux·ses, les locuteur·trice·s ésotériques et autres jedi spirituel·le·s, quelques informations supplémentaires:
Dans le langage astrologique, je suis Balance ascendant Verseau, Lune en Capricorne. En français, cela signifie que je souhaite contribuer à la construction d’un monde juste et bienveillant où chacune de nos voix authentiques, originales et uniques contribuent à l’évolution collective.
Dans le langage du Human Design, je suis une 5/1 Sacral Generator, Left Angle Cross of Upheaval. Parmi les canaux énergétiques qui sont définis chez moi, on trouve le 11-56. En français, on pourrait dire que je suis une guerrière douce incarnée pour secouer le statu quo entre autres par ma capacité à rendre concrets des concepts abstraits grâce au storytelling.
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